22 janvier 2026

Du coach-marathonien au coach-relayeur : repenser la pratique du coachingpar Sylvie Ménard, MCC

Et si, les coachs étaient davantage en collégialité les uns avec les autres, que nous courions moins pour notre propre performance et davantage pour la continuité du sens profond, de l’éthique et des valeurs, qui sont au cœur même de notre pratique?

Parce que nous nous soucions bien sûr, de quelle planète laisserons-nous à nos enfants, nous nous soucions aussi de quels coachs laisseront nous à notre planète.

Le coaching actuellement ressemble à certains égards, à une course de fond et une recherche d’être le coach qui brille le plus, qui a la plus grosse clientèle, qui gagne le mieux sa vie. Il arrive que nous avancions, de manière isolée, dans chacun sa voie à la recherche de sa médaille d’or ou du plus haut podium. Chacun accumule ses heures de pratique, accumule le nombre de coachés, gère son souffle et son élan vers sa propre ligne d’arrivée. Nous célébrons même notre vitesse, par des selfies, l’exposition de notre réussite personnelle et notre endurance. Et avec raison, nous célébrons nos titres et nos lettres de noblesse qui témoignent de l’accomplissement de nos parcours.

Pourtant, dans la réalité du coaching, le succès collectif de la pratique du coaching, ne repose pas que sur la performance individuelle. Et s’il reposait davantage sur un effort collectif, concret, de l’exercice du coaching? Comme dans une course à relais, où la victoire dépend du moment si délicat et risqué : le passage du témoin.

Trop souvent, ce passage se fait dans la précipitation – dans le chacun pour soi – et tombe entre deux coureurs. Dans plusieurs organisations, un coach quitte, puis l’autre coach arrive, mais le sens, lui, reste parfois au sol. Le sens du coaching. Et à notre avis, c’est là que surviennent les faux pas, les incompréhensions, les disparités et le sens trébuche.

Le vrai défi : la zone de transmission et les liens aux compétences ICF 2-4-5-6-7

Compétence 2 – Incarner une posture de coaching

Le coach crée du lien, il relie. Il ne court pas pour lui-même. Il incarne un rôle, une manière d’être, un mouvement du cœur. Nous rêvons d’une culture du coaching fondée sur la transmission, c’est aussi envisager une société où l’accompagnement sera intégré au quotidien. Une culture où chacun, coach, parent, grand-parent, devient un artisan de liens durables, dans une continuité de sens en appui sur nos valeurs.

Compétence 4 – Cultiver la confiance et la sécurité

Dans une course à relais, tout repose sur cette courte zone de transmission, où les deux coureurs se synchronisent. Les coureurs doivent avoir confiance l’un en l’autre. De même, les coachs créent une sécurité relationnelle pas juste avec le coaché, mais aussi entre eux pour passer le témoin : l’un ralentit, l’autre accélère, et leurs mains se cherchent. C’est là que se joue la réussite du relais, la continuité du sens de ce qu’est le coaching.

Compétence 5 – Maintenir la présence

Ralentir pour mieux transmettre, prendre l’espace et le temps pour sentir le rythme de l’autre, dans l’ici et maintenant, dans la zone sensible de synchronisation. Les coachs expérimentés détiennent le vécu relationnel, des valeurs vécues, une cohérence incarnée au quotidien entre la pratique du coaching et les compétences clés de l’ICF. Et si les coachs expérimentés, nous prenions davantage le temps de transmettre ces savoir-êtres et non plus seulement les savoir-faire? Les nouveaux coachs hériteraient ainsi ne plus seulement des aptitudes, mais aussi des attitudes, ce souffle même qui soutient la réussite et fait durer et croitre la pratique du coaching.

Compétence 6 – Écouter activement

Or, transmettre ce souffle-là, c’est aussi écouter profondément ce que l’autre incarne déjà, sans le savoir.

Compétence 7 – Évoquer les prises de conscience

Transmettre, c’est aussi susciter une prose de conscience chez l’autre. Le relais ne se fait pas qu’avec la main, mais avec le cœur et les questions qu’on ose poser. C’est là que réside le véritable levier d’apprentissage, tout comme dans les approches introspectives que nous proposons aux grands-parents en quête de sens.

De la succession à la transmission

Les plans de succession, bien qu’essentiels, sont souvent bien techniques. On y parle de modèle systémique, des compétences clés, de potentiel du coach. Il arrive qu’on oublie que le coaching n’est pas qu’une fonction, c’est une empreinte qu’on laisse dans le cœur d’un coaché.

Les coachs laissent une trace durable et ne se contentent pas que de soutenir leurs coachés dans l’atteinte de leurs objectifs. Ils préparent le relais. Ils sont attentifs aux instants précieux et savent ralentir pour transmettre – écouter, questionner, faire voir le meilleur, créer des rêves et dessiner leur concrétisation, faire raconter. Ils comprennent qu’ils ont la fonction de la continuité du sens.

Le coach relie

La posture du coach-relayeur. Dans la course à relais, le coureur qui passe le témoin doit sentir le rythme de celui qui le reçoit. Il ne s’agit pas de s’arrêter, mais de trouver la juste synchronisation. Comme on dit dans notre jargon, nous dansons avec le coaché. Dans cette zone de transmission, ce ne sont pas les outils qui importent, mais bien les postures : la présence, l’humilité, l’écoute, le non-jugement. Ces qualités d’ÊTRE, au cœur du coaching, sont aussi celles que nous explorons dans notre rôle de passeurs auprès des plus jeunes.

À l’inverse, le coach marathonien court jusqu’à l’épuisement, sans regarder derrière. Il franchit la ligne seul, persuadé que sa performance individuelle suffit. Mais une fois lancé, plus personne ne sait dans quelle direction il va.

Le relais comme culture commune de la pratique du coaching

Transmettre le témoin c’est aussi une manière de penser la continuité humaine. Dans notre pratique, qu’elle soit professionnelle ou familiale, nous avons souvent vu combien les gestes du coach résonnent avec ceux du grand-parent : chacun transmet sans s’imposer, s’efface sans disparaitre. Quelle belle piste de développement pour notre communauté, à instaurer. Et c’est là que nos associations, écoles de coaching ou autres organismes qui fédèrent la pratique du coaching, pourraient avoir un rôle à jouer en créant davantage de conditions de relais.

Quelques pistes concrètes :

- Ritualiser les transitions : organiser des moments de passage symbolique, où l’expérience et les valeurs sont partagées ouvertement – et pas que des ateliers ou des formations basés sur les savoir-faire;

- Mettre en récit notre culture de coaching : recueillir les histoires de coaching, les gestes porteurs de sens, les tournants marquants;

- Encourager le compagnonnage : faire dialoguer les générations différentes présentes chez les coachs et autour de ce qui donne sens à la pratique du coaching.

Quand les coachs développeront davantage cette conscience du relais, ils seront davantage soutenus eux-mêmes, ils seront chacun moi seuls. Les coachs feront réellement partie d’une équipe durable, où chacun sait qu’il participe à une course à relais et qu’il devra tenir compte de celui ou celle qui vient avant et après lui.

Coacher pour le sens

Dans un monde obsédé par la vitesse, la métaphore du relais rappelle une vérité simple : le coaching n’est pas qu’une performance solitaire, mais une responsabilité collective. La victoire de la compréhension de ce qu’est le coaching ne se joue pas à la ligne d’arrivée, mais bien dans le passage du relais, dans cette collégialité à bâtir entre les coachs.

Parce que l’on se préoccupe de quels coachs laisseront nous aux coachés, nous nous préoccupons de la transmission du sens et de faire durer la course.

En tant que coachs, mais aussi grands-parents, Jean-Luc Pening et moi, avons exploré ces dynamiques dans notre livre "Nos petits-enfants comptent sur nous". Il y est question, là aussi, de transmission du sens, d’écoute profonde, de posture bienveillante et de la responsabilité que nous avons envers les générations futures. Ainsi, le coaching ne se résume pas à une relation bilatérale. Il crée des empreintes durables, comme nous l’avons vu dans nos pratiques familiales. Transmettre aux jeunes générations, c’est aussi préparer le terrain pour les coachs à venir.

Vas-y! Tout est en toi, tu vas y arriver!

Sylvie Ménard, MCC Coach professionnelle certifiée MCC