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15 mars 2010

Les ruminations qui gâchent le sommeil… et la viepar Marie-Paule Dessaint

La rumination  s’apparente à une tentative erronée de résolution de problème. Votre état  dépressif vous dicte d’essayer de savoir pourquoi vous vous sentez mal. Mais la  rumination ne fonctionne pas : vous finissez par essayer de venir à bout  de votre dépression en ressassant les mêmes questions et en cherchant des  réponses à l’intérieur du problème .

Nous endormir en ressassant nos soucis, nous  réveiller la nuit puis le matin avec ces mêmes idées fixes, finit par les  transformer en véritables monstres, car ils nous empêchent non seulement de  dormir, mais surtout de nous mettre en action pour les résoudre. Pour  s’endormir, il faut laisser le sommeil venir à soi. Comme celui-ci attend  toujours que tout soit calme au-dedans et au-dehors avant d’arriver, il enverra  plutôt madame Insomnie nous tenir compagnie en attendant que ces conditions  soient remplies et que le tapis rouge soit enfin déroulé pour l’accueillir.

Nous perdons notre temps et nos énergies à  revenir sans cesse sur les causes de nos difficultés, à nous culpabiliser, à  nous faire des reproches (ou à en faire aux autres) et à envisager les pires scénarios  et leurs conséquences, au lieu de les réserver à la recherche de solutions.  L’anxiété n’attend d’ailleurs que cela pour se manifester.

Il y a quelques temps, j’ai lu un article dans  lequel l’auteur s’appuyait sur les travaux du sociologue Robert K. Merton pour  expliquer que le discours médiatique ambiant, et le nôtre évidemment, a un  impact direct sur une aire de notre cerveau, le cortex cingulaire antérieur,  qui permet d’équilibrer la raison et les émotions. Si ce discours ne cesse  d’être pessimiste, négatif ou catastrophique et si, en plus, nous ne comprenons  pas bien ce qui se passe, alors nous nous fixons sur le négatif et accordons  davantage de crédibilité à nos scénarios catastrophiques.

En revanche, lorsque nous baignons dans une  ambiance positive et optimiste, notre cortex cingulaire transforme nos pensées  (forcément positives) en émotions agréables et, en prime, le taux de  sérotonine, l’hormone du bien-être, augmente.

Nous devrions exercer notre esprit critique à  séparer les risques réels de ceux imaginaires, autant à propos des nouvelles  qui nous sont rapportées qu’à propos de nos propres problèmes : santé,  finances, insomnies, etc.

Lorsque les pensées négatives se bousculent  dans notre tête, nous pouvons nous poser ces questions suggérées par le  psychiatre Christophe André :

  1. Que se passe-t-il en moi?
  2. Qu’est-ce qui ne va pas?
  3. Pourquoi cet inconfort?
  4. Que puis-je changer?
  5. Que dois-je accepter?

Il  faut ensuite passer à autre chose. Si les états d’âme négatifs reviennent, le  travail d’introspection doit être poursuivi immédiatement ou plus tard dès que  l’esprit est plus calme et plus au clair.

Rob Willson et Rhena  Branch (2008), Les Thérapies Comportementales et Cognitives pour les nuls,  Paris : Éditions First.

Christophe André (2009), « Que nous disent nos états  d’âme », dans Cerveau et psycho, no 3.

Marie-Paule Dessaint Coach de vie