20 février 2020

Leadership fémininpar Anne-Marie Barreiro

En quoi l’approche communicationnelle et systémique est utile dans l’accompagnement des femmes ?

Une décennie d’exercice du coaching auprès d’une clientèle féminine a permis de faire une analyse de l’état d’esprit féminin, dont l’existence même de ce « livre de lois » intérieur influence et conditionne les femmes en situation professionnelle.

L’enquête sur le terrain montre les six injonctions inconscientes principales qui occupent l’esprit des femmes ainsi que leurs conséquences. Par exemple, si on pense d’elle qu’elle n’a pas le cran de prendre des décisions difficiles, elle est maintenue dans l’injonction « ne réussis pas » ce qui va conditionner sa posture professionnelle. La connaissance de ces injonctions propose des leviers de travail non négligeables.

Connaitre l’histoire pour se libérer des carcans

La chronologie de l’oppression des femmes dont nous parle la journaliste Benoîte Groult, est significative sur le processus d’influence en œuvre dans le positionnement professionnel.

Benoîte Groult nous montre que dans l’antiquité on maintenait la femme dans un état d’infériorité et de demi- humanité, on pense qu’elle n’a pas d’âme. Avec le christianisme, la femme est écartée de la divinité. Au Moyen Age, les fabliaux font rire et violentent les femmes. Au temps du Fin’Amor, la coutume autorisait le mari à battre l’épouse désobéissante. Pendant deux siècles, on a brûlé 9 millions de sorcières en Europe car leur pouvoir féminin inquiétait. L’église obligeait à sacrifier la mère en cas d’accouchement difficile. Enfin, Freud notait que l’oppression féminine n’était ni historique, ni accidentelle, mais inscrite dans leurs organes. Et la pornographie montre que la femme aime être battue, qu’elle est inférieure et soumise. Tour à tour cataloguées féministes ou sorcières, on a assisté à des réactions frénétiques pour ramener les femmes à leur place, à leur condition d’objet.

De la naissance du complexe d’infériorité

L’histoire a ainsi généré une doxa composée d’opinions de toutes sortes, de jugements hâtifs populaires, de préjugés les plus divers, souvent admis par une norme sociétale sur laquelle s’appuie toute forme de communication. Ainsi, les femmes se voient imposer des diktats qui influencent négativement sa relation à l’autre, son parcours professionnel, sa crédibilité de manageuse ou son audace d’entrepreneure et font naitre le complexe d’infériorité.

Lors des séances de coaching, il peut être entendu les expressions suivantes qui dévoilent le sentiment d’infériorité en cours :

  • « je ne me donne pas la légitimité de parler en public »
  • « je n’ai pas pu défendre mes idées car je ne suis pas écoutée »
  • « des remarques désobligeantes ? oui ça arrive tout le temps mais je ne dis plus rien »
  • « souvent je suis oubliée lors des réunions de l’équipe de direction, on ne me prend pas au sérieux
  • « je fais le travail et je réponds oui pour avoir la paix »

Ce complexe d’infériorité induit deux types de réaction féminine

La réaction Dragon 


Ici nous trouvons des business women, des femmes de pouvoir qui veulent une revanche sur leur vie, leur entourage, leurs proches. Il s’agit de montrer qu’elles sont aussi (sinon plus) fortes que les hommes. L’inconvénient peut être dans le sacrifice de leur vie personnelle, la compétition ou dans une perpétuelle nécessité du toujours plus. Nous trouvons aussi des femmes qui ne « se laissent pas faire » et deviennent automatiquement réactives à toute remarque, même les plus anodines. Elles peuvent par exemple prendre le leadership sans tenir compte des collègues. Elles peuvent aussi devenir autoritaires et garder le pouvoir. Ce côté revanche lui nuit au quotidien car elle doit encore et encore faire ses preuves pour rester compétitive.

La réaction : « petite souris »


Ici nous trouvons des femmes qui ont de la difficulté à prendre leur place et à s’affirmer. Qui appliquent les doctrines de leur bonne éducation au monde du travail. Elles disent souvent qu’elles manquent de confiance et d’audace. C’est davantage l’influence de la doxa qui annihile son courage ou son estime personnelle. Ce sont aussi des femmes qui s’excusent et que l’on n’entend pas.

Face à la doxa, la surcompensation 

Le ou la coach qui accompagne une cliente sur la voie du leadership peut s’appuyer sur la connaissance de la doxa, afin d’avoir un sens plus aigu, simultané, pour repérer les erreurs inconscientes de la surcompensation : en faire toujours plus, alourdir la charge,

Comprendre le besoin de la cliente

Ainsi, le coach dispose d’éléments du contexte qu’il pourra utiliser :

  • pour créer la relation de confiance
  • pour présenter des éclairages multiples de la situation
  • pour pointer les règles implicites, les normes, les processus d’influence
  • pour offrir une réelle qualité de présence
  • pour avoir les arguments de son questionnement
  • pour faire des reformulations de grande qualité

Travailler sur le leadership féminin en coaching peut représenter des défis pour les coachs, qui peuvent adapter leur pratique professionnelle dans ce domaine spécifique.

 Ainsi on peut réfléchir à des questions ciblées pour repérer les erreurs inconscientes et quitter les vieux modèles :

  • Comment aider ma cliente à contextualiser son défi féminin dans l’histoire des femmes et à voir sa relation avec son problème ?
  • Si je suis une femme coach, comment partager la compréhension commune de l’expérience des défis féminins ?
  • Comment aider ma cliente à identifier le processus moteur dans son réactionnel ?
  • Quels sont les ressources et les apports innovants des femmes dans le management d’aujourd’hui ?

Le leadership féminin : une posture intérieure plus qu’un pouvoir dans une hiérarchie

Même si certaines idées reçues alimentent encore la culture collective, que différents pièges les font encore se saboter, le leadership féminin tend à devenir une clé pour le management et l’entreprenariat. Selon le magazine Forbes de 2018, les secrets de productivité des femmes sont largement sous évalués. 

Exploiter ses ressources et ses qualités pour confirmer la complémentarité des styles de leadership

Eclairer sur les possibilités : quand les décisions piétinent, que les projets stagnent, elles sont capables de reprendre avec passion l’activité pour que ça avance. Elles évitent la procrastination, ont un certain sens du contrôle en vérifiant, peaufinant et en mettant les formes. Elles amènent de la stabilité et un certain ordre.

Humaniser l’entreprise : elle est facilitatrice, favorise les compréhensions, mesure les impacts, apaise les tensions, repère les egos en travers du chemin, voient ce que les autres ne voient pas, remontent aux racines des choses et élargissent l’observation.

Anticiper l’inattendu avec l’intuition : hypersensibles, elles pressentent les choses avant qu’elles n’arrivent. Longtemps sous-évaluée au travail, l’intuition féminine a un rôle clé dans le management d’aujourd’hui, dans les différents paliers du changement, dans les phases de transformations de l’entreprise et de leur business, dans l’anticipation

Saisir les opportunités dans les défis : dans l’ombre, elles aiment fouiller là où d’autres ont échoué. Telles des scientifiques, elles aiment chercher, découvrir et comprendre. Elles défont les sacs de nœuds, elles font des liens là où on n’irait pas chercher, elles trouvent les ressources et les informations. Elles n’ont pas peur de l’échec si cela les amène plus près du but.

Offrir un leadership naturel : elles sont managers par essence. Elles sont le ciment qui maintient le système familial ou professionnel tout en préservant et transmettant l’héritage. Elles gèrent la maison, les enfants, le travail, les études en même temps. Elles travaillent en collaboration, s’assurant que chacun exprime ses idées et a le même but.

Inspirer à entreprendre : elles n’ont pas peur de se battre dans ce à quoi elles croient, pour réussir quelque chose de signifiant, qui a du sens. Elles aiment stimuler les autres et veulent s’accomplir. Elles cherchent davantage le respect plutôt que la reconnaissance. Elles sont parfois perfectionnistes et exigeantes, détestant être interrompues dans leur élan.

L’analyse communicationnelle et systémique permet un coaching plus pointu, situationnel et sur mesure, dans le développement professionnel des femmes.


 Biblio

Alfred Adler Pratique et théorie de la psychologie individuelle comparée
Alex Mucchielli Théorie des processus de la communication
Edgar Morin Le temps est venu de changer de civilisation
Eléna Fourès Leadership au féminin

Anne-Marie Barreiro Psychosociologue et coach professionnelle en communication