23 mai 2019

Le coach interne et ses défis éthiquespar Comité d’Éthique et Déontologie

La réalité d’un coach interne diffère de celle d’un coach externe sur différents points. Les plus importants sont :

  • Souvent, la charge de travail du coach interne s’ajoute à d’autres responsabilités ou rôles tels un rôle de conseillers RH, de gestionnaire, de formateur ou de partenaire RH[1].
  • Tant le coaché que le coach sont employés au sein de la même organisation.

En conséquence, les trappes éthiques peuvent prendre une toute autre dimension.

Dans cet article, nous explorerons les aspects les plus fréquents sur lesquels les coachs internes doivent être alertes pour éviter des dérives éthiques[2].

  1. Les défis
    Un premier défi est de conjuguer les différents rôles dans l’organisation. Le temps est souvent réparti entre « accompagner un coaché dans son développement » donc, le laisser maître de ses apprentissages et des responsabilités de coordination et de prises de décision (responsabilités RH ou de gestion). Le défi réside dans la capacité à être présent au rôle à jouer : laisser décider (coaching) vs décider, être orienté vers l’objectif du coaché vs naviguer dans des dossiers « multi tâches ». Dans ce contexte, les dossiers « bureau » sont souvent présents durant les sessions de coaching surtout lorsque le contexte organisationnel ne favorise pas le prise de recul et d’espace pour se « libérer l’esprit » entre les rôles.

    Un deuxième défi réside dans le fait que le coach et le coaché sont dans le même système. De là, la subjectivité est difficile à évacuer de la relation de coaching. Aussi, faire partie du même système implique qu’ils connaissent souvent les mêmes personnes dans l’organisation ; le coach peut très bien connaître les collègues ou les supérieurs de son coaché ; l’inverse peut être tout aussi vrai. De cela peut résulter une forme de gêne ou de présupposés dans la relation de coaching.
  2. Reconnaître les dilemmes éthiques
    La majeure partie des dilemmes éthique se retrouve sous trois grands thèmes :
    1. Les limites : Les reconnaître et les éviter
    2. La confidentialité : Comment la respecter
    3. Les jeux de pouvoirs : l’impact des niveaux hiérarchique dans et en dehors de la relation de coaching

Les limites

Pour le coach interne : reconnaître la ligne entre ses différents rôles dans l’organisation et son rôle de coach, ligne qui peut facilement s’embrouiller selon les sujets apportés par le coaché. Par exemple, un coaché intéressé par un nouveau poste dans l’organisation, en parle à son coach interne ; ce dernier est aussi conseiller en ressources humaines et responsable de ce dossier de recrutement… Comment le coach interne gèrera ses limites dans cette situation sera clé pour éviter de tomber dans un dilemme éthique (collusion, conflit d’intérêt, information d’initié, etc.). Le coaché peut aussi avoir des attentes que son coach l’aidera dans l’obtention d’une promotion, encore là, des limites « floues » dans la relation de coaching font perdre de vue la raison d’être du coaching.

Une autre limite est en regard aux émotions : les émotions générées par des situations que vit le coaché dans l’organisation par exemple, le harcèlement. Situation dans laquelle le coach interne pourrait s’identifier et ainsi, perdre le focus de son rôle.

Une autre limite intéressante est celle liée à l’information qu’un coaché peut révéler qui aurait un impact sur le coach par exemple : Le coach interne est intéressé par une progression dans l’organisation et apprend par son coaché qu’un poste sera ouvert, ce poste étant justement ce que le coach espère. Comment garder sa neutralité sans tomber dans le conflit d’intérêt ?

Voici quelques questions qu’un coach interne peut se poser pour identifier s’il est à risque par rapport à ses limites :

  1. Quels sont les types de situation qui pourraient mettre mes limites au défi ?
  2. Quelles sortes de situation liées à mes multiples rôles me rendent inconfortable ?
  3. Dans quel domaine mes autres fonctions ont un potentiel de générer des conflits d’intérêt à cause des chevauchements dans mon réseau interne et/ou des informations confidentielles que je  détiens ?

La confidentialité

La confidentialité peut apparaître plus difficile à respecter pour les coachs internes.Ces derniers étant des employés de l’organisation, ils sont plus souvent sollicités pour « rendre des comptes » sur leurs mandats internes que les coachs externes. Cette pression que peut ressentir le coach interne le place dans des situations parfois délicates avec les directions supérieures qui peuvent se sentir légitimées de recevoir de telles informations.

Le coach interne peut se poser les questions suivantes pour soutenir le respect de la confidentialité :

  1. Dans quels cas le maintien de la confidentialité pourrait enfreindre les politiques de l’organisation ? (Le harcèlement par exemple)
  2. Qu’est-ce que j’ai mis en place pour assurer la confidentialité de mes dossier clients ? (tant mes notes manuscrites que mes courriels avec mes coachés)
  3. Qu’est-ce que je peux mettre en place pour assurer ma neutralité face aux directions supérieures ?

Les jeux de pouvoir

Dans certaines organisations, le coach interne peut être perçu comme un expert-consultant interne dont le rôle est de donner des conseils au lieu d’être reconnu comme un partenaire. Le coach peut aussi être perçu comme quelqu’un qui « représente l’organisation » et à ce titre, être perçu comme une autorité qui pourra régler les problèmes du coaché. Une autre situation problématique survient lorsque le coach prend une décision en fonction des parties prenantes, parties qui pourraient un jour avoir une influence dans sa propre ligne hiérarchique.

Angles de réflexion pour soulever les jeux de pouvoir :

  1. Comment puis-je identifier les coachés qui ont des agendas autres que celui lié à leur développement ?
  2. Quoi faire si je suis pris dans un jeu de pouvoir ?
  3. Comment éviter de me retrouver au milieu d’un jeu de pouvoir ?

Si vous souhaitez explorer plus à fonds les enjeux éthiques des coachs internes, n’hésitez pas à communiquer avec nous !

Votre comité déontologie
(Lyne Leblanc, Mireille Nadeau, Nathalie Dubé)


[1] Voir aussi notre article sur le chevauchement des rôles : https://icfquebec.org/cq-article.asp?i=475

[2] Le contenu de cet article est tiré du livre «Internal coaching, The inside story », Katharine St-John Brooks. Éditions Karnac

Comité d’Éthique et Déontologie ICF Québec