22 janvier 2026

Démystifier l’IA en coaching pour (ré)-investir la valeur ajoutée du coaching humainpar Par Stéphane Coullier et Franck Barès, comité Recherche

Introduction

« Démystifier l’IA en coaching » ne consiste pas à opposer accompagnement humain et technologie ni à adopter une lecture binaire entre promesses de révolution salvatrice d’un côté, menace de déshumanisation de l’autre.

En effet, l’intelligence artificielle (IA) s’impose aujourd’hui dans le champ du coaching professionnel comme un objet de curiosité et d’intérêt d’un côté, de scepticisme et d’inquiétude de l’autre. Elle est déjà présente, parfois de manière visible (assistants conversationnels, outils de génération de contenus, plateformes de coaching digital), parfois de façon plus discrète (algorithmes de matching coach–coaché, analyse de données, automatisation de tâches administratives).

Dès lors, une partie des craintes que suscite cette nouvelle technologie apparaît légitime, dans la mesure où l’IA peut sembler, à première vue, en tension avec les fondements identitaires du coaching professionnel : une rencontre dialogique permettant la co-construction et l’émergence d’un sens partagé, et s’inscrivant dans une approche humaniste de l’accompagnement centrée sur la personne.

Il s’agit ici de clarifier le débat et d’outiller les coachs avec quelques repères concrets permettant un usage pertinent, choisi, prudent et éthique de l’IA en coaching et d’en présenter les limites ainsi que la responsabilité que cela implique pour le coach.

Cette clarification nous semble utile pour adopter une lecture structurée et accessible des connaissances disponibles, sans dramatisation ni naïveté et ainsi, contribuer à consolider le positionnement du coaching professionnel dans l’écosystème vivant et compétitif de l’accompagnement en s’appuyant sur quelques résultats récents issus de la littérature scientifique.

Perspectives sur l’IA en coaching

Les travaux de Graßmann et Schermuly (2020) laissent apparaître que l’IA reconfigure durablement le marché du coaching, notamment par la réduction des coûts, une disponibilité continue et la généralisation de diagnostics automatisés. L’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans le coaching professionnel semble s’inscrire dans un mouvement irréversible.

Dans le prolongement de cette analyse, Terblanche (2024) souligne que l’IA peut élargir l’accès au coaching à des populations jusqu’ici peu ou pas accompagnées, en particulier les managers intermédiaires. Elle identifie quatre contributions possibles de l’IA en coaching :

1. l’émulation des coachs humains, c’est-à-dire l’imitation de certaines activités du coach humain notamment à travers des chatbots

2. le soutien du coach humain tout au long du processus de coaching que ce soit :

a. Dans la préparation des coachings : le jumelage coach-coaché, l’exploration des besoins initiaux du coach …

b. Pendant le coaching : comme support au suivi entre les séances de coaching

c. Après le coaching : comme outil de suivi des évolutions du coaching à plus long terme et ainsi, prolonger ses effets

3. le développement des compétences de coaching chez les coachs, mais aussi chez les leaders

4. l’analyse de données issues des interactions de coaching.

En quoi l’IA est-elle efficace aujourd’hui en coaching ?

La littérature scientifique met en évidence plusieurs atouts opérationnels des systèmes de coaching assistés par IA. Toujours pour Graßmann et Schermuly (2020), l’IA est particulièrement relativement performante pour aider à générer des solutions alternatives, à structurer la planification d’actions et à assurer un suivi régulier des progrès. De leur côté, Passmore, Tee et Rutschmann (2025) démontrent empiriquement que les coachbots sont déjà en mesure de satisfaire à une partie des compétences du référentiel ICF, notamment au niveau ACC et, dans une moindre mesure, PCC. Les évaluations réalisées par des assesseurs certifiés ICF révèlent que l’IA peut contribuer efficacement au suivi de règles déontologiques qui respecte le cadre et la structure de l’accord de coaching tout en maintenant une posture conversationnelle pouvant être jugée comme non-jugeante.

Quelles sont les limites actuelles l’IA en coaching ?

Si les capacités linguistiques et structurelles de l’IA progressent rapidement, certains processus restent aujourd’hui hors de sa portée. Selon Passmore et al. (2025), l’IA présente des lacunes dans les dimensions les plus incarnées du coaching : l’usage contextualisé de l’intuition, la gestion créative des silences, et une empathie perçue comme authentique plutôt que générée. Graßmann et Schermuly (2020), quant à eux, soulignent que l’IA échoue souvent lors de la phase cruciale de l'identification du problème, car elle ne possède pas le « bon sens » ou la capacité de raisonnement complexe nécessaire pour comprendre les intentions cachées ou le contexte subtil du client. Pour eux, elle reste limitée face à des problèmes complexes et contextualisés.

Coaching professionnel et IA : une complémentarité sous conditions

Volontairement, nous ouvrons la discussion en mobilisant un article de Bachkirova et Kemp (2025)[1]. Ils proposent de dépasser une vision purement utilitaire de l’IA afin d’examiner ce qu’elle révèle sur les fondements mêmes du coaching. Ces deux auteurs proposent six critères qui font l’unicité du coaching :

1. le coaching comme une exploration partagée entre le coach et le coaché

2. Le coaching vise à aider la personne à comprendre son expérience et à en dégager des pistes d’action

3. le coaching est une démarche fondée sur des valeurs

4. Le coaching est une pratique profondément contextuelle

5. le coaching repose sur une relation de confiance

6. Le coaching repose sur un contrat

Ils soutiennent que l’IA, dans son état actuel, ne peut reproduire les dimensions dialogiques, expérientielles et déontologiques qui structurent la pratique réflexive du coach humain. Si les technologies conversationnelles peuvent produire un discours plausible, elles ne disposent ni de vécu, ni de conscience réflexive, ni de responsabilité morale, ce qui limite structurellement leur capacité à co-construire du sens ou à s’engager dans une relation réciproque et incarnée.

Enfin, selon Bachkirova et Kemp, l’IA peut soutenir l’apprentissage autonome et le suivi du processus, sous réserve que le coach humain demeure responsable du cadre relationnel et des garanties éthiques. L’enjeu n’est pas d’anticiper un remplacement, mais d’identifier ce qui distingue l’acte de coacher, afin de renforcer la légitimité d’une pratique plurielle et exposée à un usage insuffisamment régulé de son appellation.

Conclusion

L’enjeu de l’IA en contexte de coaching professionnel réside principalement dans la capacité des coachs à intégrer l’IA de façon critique et délibérée, sans renoncer aux fondements relationnels et déontologiques du métier. Dans cette perspective, International Coaching Federation (ICF) propose un cadre structurant pour guider l’évolution du coaching augmenté par l’IA. Le Artificial Intelligence Coaching Framework and Standards(ICF, 2024) pose des exigences explicites (transparence, confidentialité, équité, responsabilité et gouvernance) visant à sécuriser l’usage des systèmes d’IA dans le processus de coaching, tout en protégeant la qualité de l’alliance et la légitimité professionnelle des praticiens dans un marché en pleine mutation.

Ainsi, l’IA invite à se questionner sur le périmètre d’action du coaching en déplaçant le centre de gravité de l’activité du coach. Elle doit lui permettre de (ré)-investir pleinement les dimensions à forte valeur ajoutée de son activité : qualité de présence, profondeur de l’alliance humaine, arbitrages éthiques et accompagnement réflexif. Ces composantes deviennent des marqueurs de différenciation dans un écosystème de l’accompagnement vivant et compétitif.

En suivant Malafronte (2024, 55), la question de l’usage de la technologie dans le développement des compétences managériales pourrait ne pas s’envisager comme une hégémonie mais plutôt comme l’ouverture vers de nouvelles pratiques RH innovantes pour faire face aux défis de notre siècle en matière de formation et développement de compétences in-situ, sur lieu de travail ou de formation.

L’avenir du coaching pourrait ainsi s’orienter éventuellement vers une collaboration hybride où le coach humain jouera un rôle plus exigeant et plus complexe dans les processus de transformation individuels et collectifs. Les frontières sont encore floues, les apprentis sorciers en IA encore nombreux mais le plus important est de rester concentré sur le type de relation que le coaché recherche, en maintenant un encadrement strict de la pratique capable de garantir une pleine confiance dans les modalités d’exercice retenues par le coach professionnel.

Bibliographie :

Bachkirova, T., & Kemp R. (2025). "‘AI coaching’: democratising coaching service or offering an ersatz?." Coaching: An International Journal of Theory, Research and Practice, Vol. 18., No.1, p. 27-45.

Graßmann C. & Schermuly, C. (2020). "Coaching with artificial intelligence. Concepts and capabilities." Human Resource Development Review, Vol. 20, No. 1, p. 106-126.

Malafronte, O. (2024). "Développement des leaders avec coaching et Intelligence Artificielle: augmentation des compétences", Management & Avenir, Vol. 4, No. 142, p. 39-59

Passmore, J., Tee, D. & Rutschman, R. (2025). Getting better all the time: Using professional coach competencies to evaluate the quality of AI Coach bot performance. Coaching: An International Journal of Theory, Practice & Research, pre-print.

Terblanche, N. (2024). "Artificial Intelligence (AI) coaching: redefining people development and organizational performance". The Journal of Applied Behavioral Science, Vol. 60, No. 4, p, 631-638.

[1] Pour une lecture plus en détail de l’article de Bachkirova et Kemp (2025), se référer au podcast Rec-Coach 34 : Épisode 034 - IA : Coaching augmenté ou coaching remplacé ?

Par Stéphane Coullier et Franck Barès, comité Recherche