24 septembre 2026

L'emprise : quand le cerveau s'adapte face au stress chroniquepar Johannie Therrien, ACC

L'emprise : quand le cerveau s'adapte face au stress chronique

« Pourquoi ne part-il pas? » « Pourquoi reste-t-elle? »

Et si la vraie question n'était pas « Pourquoi reste-t-il? », mais plutôt « Que se passe-t-il dans le cerveau d'une personne sous emprise pour que partir devienne si difficile? »

Ces questions reviennent souvent lorsqu'il est question de relations sous emprise. Elles partent généralement d'une bonne intention, mais reposent sur une compréhension incomplète du phénomène.

L'emprise ne concerne pas uniquement les relations de couple. Elle peut s'installer dans un contexte familial, professionnel, amical ou au sein d'une organisation. Elle se construit progressivement, souvent de façon imperceptible, et peut influencer la manière dont une personne pense, ressent et prend ses décisions.

Contrairement à certaines croyances, une personne sous emprise n'est ni faible ni naïve. Son cerveau met en place des mécanismes d'adaptation pour faire face à un environnement perçu comme menaçant ou imprévisible.

Le cerveau sous emprise

Les neurosciences montrent que lorsqu'une personne est exposée de façon répétée à un climat d'insécurité, d'imprévisibilité, de perte de contrôle ou de menace à son estime de soi, son organisme active régulièrement sa réponse au stress. Les travaux de la neuroscientifique québécoise Sonia Lupien ont mis en évidence que ces caractéristiques constituent de puissants déclencheurs de cette réponse. Lorsque cette activation devient chronique, elle peut altérer le fonctionnement de certaines fonctions cognitives, notamment l'attention, la mémoire de travail, le discernement et la prise de décision, tandis que les systèmes impliqués dans la détection des menaces deviennent plus sollicités.

Le cerveau devient davantage orienté vers la gestion des menaces immédiates, ce qui peut réduire l'efficacité de fonctions comme l'analyse, le discernement et la prise de décision. Cette réponse est une adaptation normale de l'organisme face à un stress persistant; lorsqu'elle se prolonge, elle peut entraîner de la confusion, une perte de confiance en son jugement, une difficulté à reconnaître ses besoins et une impression de ne plus avoir réellement le choix.

Ce qui peut sembler irrationnel de l'extérieur devient alors cohérent lorsqu'on comprend les mécanismes neurobiologiques en jeu.

Comprendre l'emprise autrement

L'emprise ne repose pas uniquement sur des comportements de contrôle ou de manipulation. Elle s'installe lorsque ces interactions répétées finissent par modifier le rapport qu'une personne entretient avec elle-même : elle doute davantage de son jugement, remet ses perceptions en question et perd progressivement confiance en sa capacité de choisir. Comprendre cette réalité permet de remplacer le jugement par la compréhension et d'adopter une posture d'accompagnement davantage centrée sur les ressources de la personne que sur ses difficultés.

Quelle est la place du coaching professionnel?

Le coaching professionnel n'a pas pour vocation de diagnostiquer, de traiter un traumatisme ou de remplacer les professionnels de la santé mentale. Le Code de déontologie de l'ICF rappelle d'ailleurs l'importance pour le coach de reconnaître les limites de son champ de pratique et d'orienter son client vers les ressources appropriées lorsque la situation l'exige.

En revanche, lorsque le coaching est indiqué, il peut offrir un espace où la personne retrouve progressivement sa capacité de réfléchir, de faire des choix éclairés et de reprendre du pouvoir sur sa vie.

Les huit compétences essentielles de l'ICF : un levier vers l'autonomie

Dans un contexte où une personne cherche à retrouver sa capacité d'agir, les huit compétences essentielles de l'ICF prennent tout leur sens.

  1. Fait preuve d'éthique dans sa pratique en respectant les limites du coaching, la confidentialité et l'intérêt supérieur du client. Cette posture protège autant le client que la profession.
  2. Incarner un état d'esprit Coaching en considérant le client comme naturellement créatif, ingénieux et capable de trouver ses propres réponses, même lorsque ses ressources semblent momentanément moins accessibles.
  3. Définir et maintenir les contrats permet de clarifier les objectifs, les attentes et les responsabilités de chacun. Cette clarté est particulièrement précieuse lorsqu'une personne a vécu de nombreuses ambiguïtés relationnelles.
  4. Développer un espace de confiance et de sécurité favorise un climat où le client peut explorer sa réalité sans crainte d'être jugé, influencé ou dirigé.
  5. Rester en présence invite le coach à accueillir pleinement ce qui émerge dans l'instant, avec ouverture, curiosité et sans interprétation hâtive.
  6. Écouter activement permet d'entendre bien au-delà des mots. Il s'agit parfois d'écouter derrière l'histoire racontée pour en toucher la profondeur : les émotions, les besoins, les croyances, les valeurs et les ressources qui s'expriment, parfois sans être encore pleinement conscientes. Cette qualité d'écoute favorise l'émergence d'une compréhension plus juste de la réalité du client, sans interprétation ni jugement.
  7. Susciter des prises de conscience aide le client à distinguer progressivement les faits de ses interprétations, à reconnaître ses schémas relationnels et à envisager de nouvelles perspectives.
  8. Faciliter la croissance du client soutient la mise en action de choix cohérents avec ses valeurs, son rythme et ses objectifs, dans une démarche durable d'autonomie.

Retrouver son libre arbitre

L'une des conséquences les plus marquantes de l'emprise est la sensation de ne plus avoir accès à son propre pouvoir de décision.

Le coaching professionnel ne consiste pas à dire au client quoi faire. Il consiste à créer les conditions permettant au client de retrouver sa capacité de réfléchir, de discerner, de choisir et d'agir en cohérence avec ce qui est important pour lui.

Lorsqu'il est exercé dans le respect du Code de déontologie et des compétences essentielles de l'ICF, le coaching devient un espace où la personne peut progressivement reprendre contact avec ses ressources, sa confiance et son autonomie.

Dans un monde où les relations humaines sont parfois marquées par la complexité, le coaching professionnel rappelle une conviction essentielle : chaque personne possède en elle les ressources nécessaires pour avancer. Le rôle du coach n'est pas de montrer le chemin, mais d'accompagner son client afin qu'il retrouve la clarté, la confiance et la liberté de choisir le sien.

Car au-delà de l'emprise, c'est souvent la liberté intérieure qui demande à être retrouvée.

Références

Lupien, S. (2020). Par amour du stress (2ᵉ éd.). https://sonialupien.com/publications-sonia-lupien/

Lupien, S. (s. d.). L'Université de Montréal et du monde : Sonia Lupien. Université de Montréal. https://www.umontreal.ca/l-universite-de-montreal-et-du-monde/sonia-lupien/

Lupien, S. (2018). The effects of chronic stress on the human brain: From neurotoxicity, to vulnerability, to opportunity https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29421159/

Johannie Therrien, ACC