Danielle Dagenais
janvier 15, 2016

Les personnalités narcissiques dans les organisations; Faut-il les mater ou les promouvoir?

Danielle Dagenais, PCC

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 Les personnalités narcissiques heurtent souvent leur entourage et elles finissent parfois par causer des dommages substantiels dans les organisations. On parle toutefois aussi aujourd’hui de personnalités narcissiques constructives qui permettent des virages nécessaires. De plus, les générations montantes présenteraient davantage de traits narcissiques que leurs ainés. Comment donc vivre avec ces individus?

Les personnalités narcissiques ont toujours existé :

 Napoléon Bonaparte, Franklin Delano Roosevelt, Churchill voire même le Mahatma Ghandi ont été identifiés comme des personnalités narcissiques.

 Au début du 20 siècle, d’illustres personnages ont également été affublés de cette étiquette. Qu’on pense à Andrew Carnegie, John D. Rockefeller, Thomas Edison, et Henry Ford. Ces forces de la nature ont toutefois permis des percées importantes dans leur domaine.

 Lorsqu’on pense à divers leaders de notre époque, certains noms nous viennent à l’esprit mais, on se gardera de les nommer afin de ménager leur susceptibilité bien sûr!

 Selon Sébastien Bouchard, clinicien et chercheur en psychologie à la TELUQ, il y aurait entre 1% et 6% de la population qui répondrait aux critères du DSM IV sur le narcissisme.

 D’abord, comment les reconnaitre?

 Selon le DSM 4 « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders » (en français, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) qui répertorie et détaille les troubles de la personnalité, on attribue à la personne narcissique, le mode de fonctionnement et les caractéristiques suivantes :

Mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, de besoin d'être admiré et de manque d'empathie qui apparaissent au début de l'âge adulte et sont présents dans des contextes divers, comme en témoignent au moins 5 des manifestations suivantes:

  1. Le sujet a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport.
  2. Est absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d'amour idéal.
  3. Pense être "spécial" et unique et ne pouvoir être admis ou compris que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau.
  4. Besoin excessif d'être admiré.
  5. Pense que tout lui est dû: s'attend sans raison à bénéficier d'un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits.
  6. Exploite l'autre dans les relations interpersonnelles: utilise autrui pour parvenir à ses propres fins.
  7. Manque d'empathie: n'est pas disposé à reconnaitre ou à partager les sentiments et les besoins d'autrui.
  8. Envie souvent les autres, et croit que les autres l'envient.
  9. Fait preuve d'attitudes et de comportements arrogants et hautains.

À la lecture de ce qui précède, avez-vous reconnu des personnalités narcissiques au sein de votre organisation?

Et si vous êtes curieux pour vous-même, sachez qu’il existe un test en ligne pour évaluer votre niveau de narcissisme et en voici le lien : http://personality-testing.info/tests/NPI.php* Mais attention, assurez-vous de lire la mise en garde!

Puisque la personnalité narcissique est imperméable aux approches de développement standards telles que la formation ou le mentorat, le coaching pourrait bien être la seule méthode adaptée à la dynamique de cette personne. Mais la question est :

Peut-on développer le leadership et le côté humain des narcissiques par l’accompagnement en coaching ?

Examinons d’abord, quelques unes de leurs limites :

  • La personne narcissique a peu ou pas d’empathie; la sensibiliser aux conséquences de ses actions, sera une lourde tâche;
  • Elle voudra surement diriger le coaching ou elle fera échec à ce qui ne va pas dans le sens de ses ambitions;
  • Elle « distorsionne » à son avantage la valeur de sa contribution, qu’elle juge grandiose, donc difficile de lui faire valoir qu’elle puisse s’améliorer;
  • Elle n’apprécie pas la critique ou ce qu’elle interprète comme telle;
  • Elle accorde peu ou pas de crédibilité à la rétroaction qu’on lui offre car un nombre extrêmement limité d’individus mérite sa considération et est crédible pour elle;
  • Comme elle a souvent l’impression de perdre son temps, l’assiduité risque de faire défaut car toute activité susceptible de lui procurer des bénéfices en lien direct avec ses ambitions, l’emportera sur son engagement dans sa démarche de coaching;
  • Cet individu recherche en tout, une façon de tirer profit, de rehausser son image ou de prendre la plus grande part de tout : pouvoir, reconnaissance, influence etc.; et le coaching requiert une bonne dose d’humilité, ce qui va à l’encontre de ces besoins;
  • La personne narcissique déploiera des stratégies habiles pour détourner l’attention de ce dont elle est responsable, vers d’autres cibles moins importantes.

À considérer avant d’offrir du coaching à une personne narcissique :

S’il s’agit d’un dirigeant :

  • Dites-vous que sans l’intervention d’un coach, la personnalité narcissique a le champ libre et les chances qu’elle modifie ses comportements sont quasi nulles.
  • Ayez toutefois des attentes réalistes à son endroit; Résultats non-garantis mais retombées probables.
  • Choisissez un coach qui se démarque par sa perspicacité et son sens stratégique, sur le plan relationnel. Faites valider le choix par le dirigeant mais attention, ce dernier pourrait être tenté de choisir un coach qui l’admire et qui le flattera;
  • Favoriser un coach de type pragmatique, capable d’appuyer solidement les faits qu’il présente avec des références solides ou des données scientifiques irréfutables. Une approche susceptible de l’accrocher serait de lui faire valoir par exemple que les leaders authentiques ont un meilleur impact sur l’engagement des membres de leur personnel que les autres leaders;
  • Optez pour un coach qui ne va pas craindre les échanges musclés; La personne narcissique se démarque souvent dans son milieu à cause de ses aptitudes intellectuelles et de sa tendance à intellectualiser et à « distorsionner » la réalité.

Si cette personne n’est pas le dirigeant de l’organisation :

  • Imbue d’elle-même, carburant à l’ambition, souhaitez qu’elle frappe un mur! Ou bien prenez les moyens nécessaires pour qu’elle comprenne qu’il est impératif de se développer;
  • Aussi, considérant que lorsque confrontée aux dommages qu’elle crée ou aux limites que l’on lui attribue, elle tente de réfuter la réalité; faite lui alors valoir que cette réalité constitue une embuche à l’atteinte de ses ambitions. La personne narcissique pourra peut-être consentir au coaching et c’est alors que les conditions de succès, mentionnées dans un billet antérieur, devront être évaluées rigoureusement par le coach.
  • Si la personne narcissique n’est pas dans des dispositions mentales pour bénéficier du coaching, investir dans son développement sera risqué. Ne pas oublier non plus, que lorsqu’elle se sent piégée, cette personne pourrait décider de s’échapper de la situation, en allant « briller » ou dominer ailleurs!

La génération Y surnommée: la génération # moi ou Selfie est-elle narcissique?

Dans un article de Noémi Mercier du magazine l’Actualité du 11 mars 2013, à propos de la génération Y, on peut lire :

Cette jeunesse est la digne héritière d’une société où le culte du moi atteint des proportions épidémiques, soutient Keith Campbell, directeur du Département de psychologie de l’Université de la Géorgie, à Athens, aux États-Unis, et coauteur du livre The Narcissism Epidemic : Living in the Age of Entitlement. «Tout ce qui vous permet de projeter une image de vous-même plus grandiose que la réalité favorisera le narcissisme, explique-t-il.

Chose est certaine, les Y sont créatifs, informés, ouverts, ultra-technos, branchés et fonctionnent à merveille, dans des univers de réseaux. Ils ont aussi un sens aigu pour faire valoir leurs droits et ils ont tendance à s’affranchir aisément de l’autorité.

Les Y (s) sont actuellement dans le vestibule de la relève, en voie de prendre les postes de commande. Les plus âgés d’entre eux, (+ de 30 ans) demandent ou exigent du support dans leur développement et ils s’y investissent allègrement. Les moins âgés d’entre eux, (les - de 30 ans), sont extrêmement exigeants sur ce plan et préfèrent souvent des méthodes rapides, laser et distrayantes. On ne peut leurs reprocher de manquer toutefois d’un peu de recul et de sous-estimer pour le moment, leurs besoins d’amélioration! Leur développement sera donc fonction de leur niveau de maturité professionnelle. Rappelons-nous que la personnalité narcissique se construit généralement au début de l’âge adulte. Ils ne sont donc pas tous narcissiques mais ils auraient une inclinaison plus marquée pour vouloir d’abord répondre à leurs besoins avant ceux de l’organisation.

Puisque les organisations ont besoin des contributeurs de toutes les générations, le défi est de différencier les égos de plus grande taille, des réels narcissiques afin d’adapter les méthodes pour parfaire leur développement.

Note aux recruteurs : Les personnalités narcissiques solidement constituées devraient bien être détectées aux moment de l’embauche mais elles passent souvent entre les mailles du processus de sélection car, elles sont habiles lorsque vient le temps de ¨briller¨… Souvent charismatique, l’individu manœuvre avec aisance dans les situations de performance qui lui permettront d’arriver à ses fins. De plus considérant, que plusieurs sont charmants, articulés voire éloquents lorsque nécessaire, ils ont de l’impact! Ils démontrent une confiance en soi, si souvent déficiente chez les autres, qu’ils réussissent souvent à convaincre de leur faire confiance, de les choisir et même de les suivre! Pour éviter un recrutement problématique, une évaluation de talents, par un psychologue spécialisé s’avère souvent très utile.

À la lumière de ce qui précède, il serait donc raisonnable de penser qu’investir dans le coaching de personnes correspondant au profil narcissique est une décision délicate mais parfois nécessaire. Ce sera indiqué, pour les personnes qui dirigent des organisations ou qui sont identifiées comme relève potentielle en dépit de certains attributs déficients sur le plan humain. Finalement, l’investissement serait toutefois plus risqué pour les individus qui n’ont pas encore accédé à des responsabilités importantes ou qui n’ont pas encore frappé de mur!

Supporter et promouvoir les personnalités narcissiques constructives.

N’oubliez pas que les narcissiques peuvent aussi être:

Des visionnaires charismatiques capables de révolutionner leur domaine, des champions des virages stratégiques nécessaires et des leaders qui n’ont pas froid aux yeux.

Ont-ils donc besoin d’être démystifiés, matés ou influencés?

Démystifiés? Sans aucun doute.

Matés? Dans certains cas, oui! Il est donc souhaitable que les organisations détectent mieux ou plus rapidement les personnalités narcissiques et, que lorsqu’elles sont prêtes à assumer le risque de les supporter; elles doivent d’abord les acculer au pied du mur, leur offrir de la rétroaction respectueuse mais sans équivoque assortie d’exigences claires quant aux améliorations requises.

Influencées? Assurément, mais par le biais d’interventions les amenant à arriver elles-mêmes aux prises de conscience nécessaires!

Si un accompagnement en coaching est envisagé, ce sera donc un défi pour le (la) coach avisé(e) car il (elle) devra travailler finement et ardemment à toucher et à influencer le candidat, et si et seulement si, certains facteurs de succès sont présents. (Voir mon billet précédent intitulé : Coachable ou pas!)

Pour obtenir plus d’information et de références sur le sujet, veuillez contacter l’auteure, qui est également disponible pour des conférences.

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